Sur les bords de la Nonette, loin des circuits saturés de la région parisienne, une petite ville de l’Oise conserve l’empreinte d’un passé prestigieux que seuls les voyageurs les plus curieux prennent le temps de découvrir. Nanteuil-le-Haudouin, ancienne capitale de la Gombrie et deuxième cité du Valois, offre un condensé d’histoire médiévale et Renaissance dans un cadre authentique, épargné par le tourisme de masse.
Une situation stratégique aux portes du Valois
Située à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Senlis et à douze kilomètres de Crépy-en-Valois, la commune se trouve au carrefour d’anciennes voies romaines, entre Île-de-France et Picardie. Cette position explique en partie son développement historique et l’intérêt que les seigneurs puis les rois de France lui ont porté au fil des siècles. La Nonette, modeste rivière prenant sa source dans la ville même, a façonné le paysage et permis l’installation de moulins dont certains vestiges subsistent encore.
L’église Saint-Pierre, forteresse de pierre
Le monument le plus remarquable demeure sans conteste l’église Saint-Pierre, édifice fortifié unique dans la région. Bâtie au cours du troisième quart du XIIe siècle dans un style gothique primitif austère, elle se distingue par sa façade occidentale flanquée de deux imposantes tourelles octogonales qui lui confèrent l’allure d’un château. Son plan cruciforme comprend une nef à quatre travées accompagnée de bas-côtés, un transept non débordant et un chœur au chevet plat. Le portail ouest, classé monument historique dès 1908, témoigne d’une architecture robuste et fonctionnelle, loin des raffinements décoratifs habituels de l’époque.
Un château Renaissance disparu mais présent
Le château de Nanteuil, disparu après la Révolution, constitue l’autre grand élément du patrimoine local. Érigé en comté en 1543 par François Ier pour Henri de Lenoncourt, ce château Renaissance a accueilli plusieurs rois dont François Ier et Henri II, qui y signèrent plusieurs chartes. En 1556, François de Lorraine, duc de Guise dit le Balafré, acquit de force la propriété pour la somme considérable de 260 000 livres. Bien que détruit en 1794, le site conserve deux pavillons du XVIe siècle désormais classés, appelés pavillon du brigadier et pavillon du jardinier, ainsi que la plupart des anciens communs. Une restitution en 3D réalisée par le Studio Marotte permet désormais de se figurer la splendeur de cette demeure Renaissance en briques et pierre.
Le prieuré clunisien et les traces du Moyen Âge
Le prieuré Notre-Dame et Saint-Babylas représente une autre facette méconnue du patrimoine nantolien. Cet établissement clunisien, en opposition perpétuelle avec les seigneurs locaux, a fait l’objet de fouilles archéologiques permettant de le comparer aux prestigieuses abbayes de Morienval et au prieuré de Saint-Leu-d’Esserent. Les vestiges du vieux pont sur la Nonette, construction en pierres sèches taillées comportant quatre arches, attestent de l’ingéniosité des bâtisseurs anciens. Les blocs de base des arches, communs à deux arches et pointus pour affronter le courant, révèlent une maîtrise technique remarquable.
Mémoire du XXe siècle
La Première Guerre mondiale a profondément marqué la ville lors du célèbre épisode des taxis de la Marne. Le 7 septembre 1914, les taxis parisiens réquisitionnés par le général Gallieni ont amené à Nanteuil-le-Haudouin les renforts décisifs qui permirent la victoire de la Marne. Un monument commémoratif, situé à l’ouest de la commune, rappelle cette manœuvre historique qui sauva Paris de l’invasion allemande. À l’écart du bourg, la chapelle Notre-Dame-des-Marais offre un autre témoignage de la dévotion populaire locale.
Organiser sa découverte
Pour explorer ce patrimoine méconnu, des visites guidées thématiques sont proposées ponctuellement d’avril à octobre par Aquilon Découverte. Le centre historique se parcourt aisément à pied, avec comme point de départ recommandé le parvis de l’église, place de Verdun. Les amateurs d’architecture apprécieront particulièrement les détails de la borne Trudaine et les jardins qui subsistent de l’ancien domaine seigneurial. Mieux vaut prévoir une demi-journée pour apprécier pleinement l’atmosphère de cette ville chargée d’histoire, en combinant éventuellement avec les sites environnants comme l’abbaye royale de Chaalis ou la forêt d’Ermenonville.
Entre passé et présent
Loin de se figer dans la nostalgie, Nanteuil-le-Haudouin incarne cette France provinciale où le patrimoine historique s’inscrit naturellement dans le quotidien contemporain. Les deux pavillons Renaissance côtoient les activités modernes, la Nonette canalisée pour les besoins des anciens moulins continue d’irriguer la ville, et les vestiges médiévaux rappellent que cette capitale de la Gombrie fut, pendant des siècles, bien davantage qu’une simple étape entre Paris et Soissons.
Laisser un commentaire